top of page
IMG_4976_Original.jpg

Sans Harcèlement

Le blogue qui inspire le changement

Les jurons font partie du langage courant pour bien des Québécois et Québécoises. Au travail, toutefois, leur effet varie d’une personne à l’autre. Un « sacre » peut passer inaperçu pour certains… et être irritant, voire blessant, pour d’autres.


Mais est-ce que sacrer au travail, c’est automatiquement du harcèlement psychologique ?Pas nécessairement.


Sacrer ≠ harceler

Un gestionnaire ou un collègue qui laisse échapper des jurons ne commet pas de harcèlement en soi. Dans bien des cas, on sera plutôt dans le registre de l’incivilité : une impolitesse ou un comportement désagréable, mais qui ne franchit pas le seuil juridique du harcèlement.


La ligne commence toutefois à bouger lorsque les jurons sont dirigés vers des personnes.


Quand ça bascule

Constatez la différence entre ces exemples de directives formulées avec ou sans jurons par le propriétaire d’un restaurant s’adressant à sa cuisinière :


• « Trouve-toi quelque chose à faire. »

• « Câlisse, trouve-toi quelque chose à faire. »


Ou encore :


• « Je t’ai dit de mettre le fromage avant. »

• « Crisse, je t’ai dit de mettre le fromage avant. »


Ce n’est pas juste une question de vocabulaire. Comme on le voit ici, les jurons viennent alourdir le message, augmenter la charge émotive et le rendre agressif.


Dans ce contexte, il faut aussi comprendre jusqu’où un employeur peut aller dans sa façon de s’exprimer et de diriger son équipe.


Le droit de gérance a ses limites

Un employeur dispose de ce qu’on appelle un droit de gérance : il peut diriger le travail, donner des directives, encadrer la performance et assurer le bon fonctionnement de son entreprise.


L’exercice de ce droit peut occasionner des désagréments. Un patron peut même agir avec maladresse; il a droit à l’erreur.


Mais ce droit n’est pas sans limites. L'employeur ne peut en user de façon abusive ou déraisonnable.


Ce que dit le tribunal

Dans l’affaire Boisvert c. Patate Outaouais Inc. (2026 QCTAT 854), le tribunal a eu à se pencher sur une situation où le propriétaire d'un restaurant parlait fort, donnait des directives de manière brusque et utilisait régulièrement des sacres pour formuler des reproches à sa cuisinière. Les exemples cités plus haut sont d’ailleurs tirés de cette affaire.


Résultat ? Le tribunal a jugé que de tels propos étaient dénigrants, excessifs et agressifs, et que le droit de gérance ne les justifiait pas. Il a aussi estimé qu’ils constituaient des actes hostiles ou non désirés, s'inscrivant dans un ensemble de comportements du propriétaire ayant contribué au harcèlement psychologique de la cuisinière. Point intéressant, la culture d'entreprise tolérante à l'égard des jurons et des communications brusques, révélée par le témoignage de certaines employées, n'a pas empêché le tribunal d'en arriver à cette conclusion.


En définitive

La portée d'un juron varie selon le contexte dans lequel il est utilisé, son destinataire et son caractère répétitif. L'auteur des propos et l'exercice du droit de gestion sont également des facteurs à considérer.


Ce n'est pas le juron en soi qui est déterminant, mais l'effet qu'il produit, évalué du point de vue d’une personne raisonnable placée dans les mêmes circonstances.

 
 
 

Commentaires


bottom of page